A la société civile de faire la différence

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Denis Jacquet livre aux Maquizards son analyse sur la vérité dans le discours politique, la justice sociale, la compétitivité des entreprises et la réduction des déficits publics. Incisif, son discours est celui d’un homme d’action aux prises avec le réel.

 

Le discours de vérité 

L’absence de vision

Les politiques ont ce cynisme de croire que les gens n’ont pas de mémoire. C’est partiellement vrai. Ils devraient faire l’effort de revisionner les anciens discours de campagne pour s’apercevoir qu’ils disaient la même chose, ou alors l’exact contraire, quelques années auparavant, avec le même degré de persuasion. Ils ont ce cynisme de penser que parce qu’ils appartiennent à une élite, qu’ils détiennent le pouvoir et parfois la capacité de conviction, cela suffira à emporter l’adhésion des gens. A chaque fois, en effet, les politiques ne se font élire que sur les six ou douze derniers mois d’un mandat. Tout ce qu’ils peuvent faire pendant leurs premières années sera oublié, si jamais se produit un petit déclic la dernière année. Mr Hollande l’a très bien compris. Il lui suffira que ses douze derniers mois se passent économiquement bien, que la droite soit faible et/ou divisée et d’avoir fait grimper le FN pour l’emporter.

Les Français pensaient autrefois, que les hommes politiques avaient quelque chose de plus qu’eux. Ce plus, c’était d’avoir une vision, au moins à moyen terme. Mais, à bien y regarder, ils ont, aujourd’hui, des hommes politiques « modèles réduits », ce qui les rapprochent énormément d’eux et qui leur font dire « après tout, qu’ont ils de plus que nous ? ». Et un peu plus chaque jour, la réponse est « rien ! ». Ces hommes politiques ont évidemment d’autres contraintes au jour le jour mais, au final, ils se révèlent incapables d’avoir suffisamment d’ouverture, d’honnêteté et de courage pour proposer quelque chose de fort. Et je ne parle pas ici, d’idéologie, mais simplement de vision.

L’idéologie est un autre problème. Quand on arpente les marchés pendant une campagne, on s’aperçoit des clivages encore existants en politique. Ceux de gauche qui considèrent ceux de droite comme des idiots et des ennemis et vice versa. Mis à part ces acharnés des campagnes, les électeurs constatent qu’il n’y a plus de véritable idéologie, seulement une apparence de celle ci. Mais le fait de ne pas avoir d’idéologie n’exclut pas cependant d’avoir une vision. Et le courage de la mettre en œuvre, quel que soit le prix à payer. C’est ce qu’attendent les Français. Le désintérêt fondamental de la politique de la part des Français vient de cette absence de vision et du courage de prendre leur destin en main.

Sans vision, il n’y a pas de projet à offrir. Or, sans projet à offrir, on ne peut pas entraîner de dynamique et, dès lors que l’on n’a ni projet ni dynamique, il n’y ni confiance ni adhésion des Français. Notre société est à l’arrêt car ceux qui devraient proposer une vision, à laquelle on adhère ou pas, ne le font pas. Par peur de devoir dire la vérité. On tente alors de détourner l’attention par une inflation de mesures plutôt que de proposer un projet. On constate que le navire fuit de toute part et on nous explique que de simples rustines suffiront à les boucher. On répare à la petite semaine, plutôt que de construire un bateau neuf qui permettrait de voguer sur de nouveaux océans. Vers un nouvel objectif.

 

Le manque de dialogue

La véritable problématique de la France est d’avoir créé des corporations, des iles clientélistes, qui ne dialoguent plus entre elles et désormais s’affrontent. Sur le dos du pays. Il y a le monde de l’administration qui en réalité gouverne ce pays, et en premier lieu Bercy (c’est un fait), qui ne dialogue surtout pas avec le monde du privé sauf quand il s’agit de pantoufler au sommet pour un poste. Le monde de l’éducation ne cohabite pas et ne souhaite pas comprendre, ni expliquer, le monde de l’entreprenariat parce que qu’il est le grand Satan. Les syndicats patronaux et salariaux vivent à des années lumières du nouveau monde en construction et aucun ne voit la société telle qu’elle évolue et n’a la capacité d’offrir une alternative intéressante ou même quelques propositions adéquates. A titre d’exemple, quasiment aucune société de la nouvelle économie n’est au Medef, ni à la CGPME. Les syndicats de salariés ne représentent qu’un petit pourcentage des salariés et ces derniers, eux-mêmes, commencent à descendre dans la rue pour revendiquer le droit de travailler le dimanche. Il y a une carence de représentation.

 

Le rôle de l’éducation

L’éducation est la clé du changement. Si les enfants se voient ouvrir à un certain nombre de perspectives, de sujets économiques, à l’entreprenariat et si l’on accepte de dialoguer entre entrepreneurs et professeurs, alors nous changerons la culture sur le long terme. Cela produira des effets dans quinze ou vingt ans mais c’est aujourd’hui que cela se joue. L’éducation est donc la clé mais il faut faire davantage. Il faut recréer des passerelles entre des mondes qui ne communiquent plus. Actuellement, c’est chacun contre les autres alors que dans une société qui marche c’est chacun avec tout le monde.

Il faut garder les formations d’excellence mais « dé-élitiser » la formation française. On considère presque comme offensant de faire une formation en alternance parce qu’on s’affronterait alors au terrain. Le fait de rendre les formations alternantes est pourtant la certitude d’avoir une formation pratique. On y découvre des femmes et des hommes derrières les chiffres, celles et ceux qui font l’entreprise. Les grandes écoles devraient la pratiquer tout en gardant leur excellence. Elles s’ancreraient sur le terrain et gagneraient une ouverture sur le monde qui les rendrait plus fortes.

L’université française doit également monter en gamme et être plus attractive. Accepter la sélection. L’orientation. La compétition. Des milliers de jeunes pourraient y créer leur entreprise. Mais il manque des incubateurs, des structures de financement et d’accompagnement sauf pour Dauphine et quelques rares Universités qui tirent leur épingle du jeu. Ce n’est pas assez.

Le troisième enjeu est la petite école. Il faut rencontrer les professeurs, leur proposer des stages en entreprise de façon à ce que ceux qui décident pour l’avenir de nos enfants, qui leur inculquent une culture, puissent avoir suffisamment d’éléments pour se dire « tiens si leur avenir professionnel est d’ouvrir une boîte, je leur donne un peu d’autonomie, le sens de la responsabilité, savoir gérer un projet ». C’est une manière aussi de dispenser un peu de philosophie libérale pour se prendre en main sans tout attendre de l’Etat.

 

La justice sociale

Donner la possibilité de se prendre en main

La meilleure justice sociale que l’on pourrait offrir aux Français serait de leur donner, à tous, la capacité de se prendre en main. Le nombre de personnes qui parviennent à élever leur niveau social est extrêmement faible. A l’origine, il y a bien un système qui fait que celui qui n’a pas pu prendre le bon courant ascendant, grandes écoles, grandes métropoles, voit ses possibilités d’accéder à la réussite très réduites même si il en a tout le talent et l’intelligence. La vraie justice sociale n’est pas de colmater les brèches des plus démunis où l’Etat joue le rôle d’un « dealer » qui leur donne de quoi ne pas se révolter. Le discours actuel qui veut qu’on leur donne de quoi tenir dans ce monde difficile en se gardant de leur proposer les moyens de s’en sortir n’est qu’une forme de bonne conscience. Il s’agit d’un système pervers où les deux parties dépendent l’une de l’autre sur le mode du « je te maintiens tu me maintiens » qui nivelle tout le monde vers le bas. Par ailleurs, cela persuade la société que tout ce qui a une connotation vaguement libérale est un danger absolu. Mais à bien y regarder, cette façon de faire a-t-elle permis une quelconque évolution positive ? Non. Les pauvres s’appauvrissent, la classe moyenne se réduit comme peau de chagrin et le fossé ne cesse de s’agrandir entre un nombre croissant de riches, notamment dans les pays émergents, mais aussi à la nouvelle économie grâce à laquelle les salariés sont associés au capital, et tous ceux, trop nombreux, qui vivent sous le seuil de pauvreté. La plupart des citoyens du monde n’ont aucun moyen de changer cet état de fait et végètent.

 

Redonner ses lettres de noblesses à toutes les filières

La vraie justice sociale consiste à rouvrir des voies que l’on a considérées, à tort, comme des voies de garage et d’en faire des voies nobles. Il faut favoriser, à nouveau, des formations de basses et moyennes qualifications qui peuvent être une ouverture sur la réussite. Ce serait alors une forme de justice sociale entre les personnes qui viennent « du bas » et celles qui viennent « du haut », en les mettant ainsi, en position de succès. Sevrer la population d’un certain nombre d’aides et de soutiens artificiels, qui en fait les clouent au sol et fluidifier le marché du travail dont le code est le plus gros mensonge, la plus grande fable sur la protection du faible, tant au contraire, elle lui interdit son accès.

 

La compétitivité

Fluidifier l’accès à l’embauche

Ce que l’on n’a jamais voulu tenter en France c’est de fluidifier les choses. On fait croire aux gens qu’on les protège en les surprotégeant alors, qu’au final, cela les dessert. Ce système du salarié extrêmement protégé se retourne contre lui. Les entreprises finissent par considérer l’embauche comme un risque et donc comme un dernier recours !! A l’inverse, aux Etats-Unis, ils « dégraissent » très vite mais réembauchent très rapidement, ce qui assure que le système garde une vraie fluidité. La compétitivité vient de là. A partir du moment où l’on accepte un peu moins de protection et un peu plus d’adaptation, cela coûte moins cher à la collectivité et favorise la croissance. En fluidifiant le marché de l’embauche et les mesures de licenciement, le coût du salarié français deviendrait moins important et plus compétitif.

La protection n’est jamais un gage de réussite. Le jour où l’on fera sauter ce système de protection et de dépendance, on verra que tout peut se fluidifier de façon remarquable. L’apogée de ce système crispant a été l’avènement du principe de précaution, sous Chirac, qui est la quintessence du reflet de la pensée politique française. Ne changeons pas trop, les gens n’ont pas envie de bouger et si il y a un risque n’y allons pas. Alors que le risque est le principe de l’innovation, du progrès et de la modernité !

 

L’entrepreneuriat

L’entrepreneuriat n’est pas un plan de carrière, un succès programmé. Les gens doivent cependant comprendre que c’est à leur portée, sans qu’aucun parcours ne garantisse sa réussite. Il ne faut pas voir l’entreprenariat par la fin c’est-à-dire par le succès, mais par le début en se disant qu’on peut y arriver. Il est important de ramener les choses à ce qu’elles sont. C’est un monde qui ne connaît pas les chimères et les promesses faciles. Il y a des moments où rien ne marche, où les fins de mois sont très difficiles, mais l’important est de tenir, si l’on est certain de son objectif et de sa stratégie Il est essentiel de démocratiser l’entreprenariat en France. Il faut que l’on puise de dire « tiens, c’est pour moi ou mes enfants ». Et si ce « n’est pas pour moi », alors je dois soutenir ceux qui se lancent, car ils sont la garantie de mon avenir.

 

La réduction des déficits publics

L’Etat doit définir clairement son rôle

Quand vous voulez tout protéger, quand vous voulez que l’Etat prenne tout en charge, cela a un prix. Un pays en croissance peut se permettre un certain nombre de choses. Un pays qui ne l’est pas engrange des déficits, charge sa dette qui finit par lui coûter extrêmement cher… L’Etat doit être plus efficient, réduire son poids et se cantonner à certaines actions, notamment en matière d’orientation d’une partie de la politique économique. Affirmer les grands secteurs stratégiques, définir ce qu’il finance ou aide à financer, avec quel moyen, voilà un rôle pour l’Etat. Il doit insuffler mais ne pas faire. Sa tendance est de vouloir faire et quand il fait cela, le contribuable paie l’addition, car il le fait plusieurs fois à différents échelons. Par exemple, il n’y a pas loin de quatre mille mesures à l’export que personne ne connaît, que l’on retrouve à l’échelon local, départemental, régional, national, européen avec une vraie déperdition en ligne. Le vrai enjeu est bien de s’assurer que deux entités différentes ne puissent pas avoir les mêmes compétences. Quelquefois aussi, il y a trois strates différentes qui font exactement la même chose avec quelques critères différents. C’est au final de l’argent qui dort ou se trouve gâché, mais qui n’est pas dans le circuit productif. Encore une fois, l’Etat n’est pas là pour faire et tant qu’on ne le reconnaîtra pas les choses n’évolueront qu’à la marge.

 

Le pouvoir à l’économie et à la société civile.

Je pense que toutes les personnes qui le peuvent, qui en ont les moyens, doivent absolument se mêler de la vie publique. L’échelon local est ce qu’il y a de plus évident, parce que l’on peut réellement influer sur le cours des choses. Au niveau de la députation, c’est beaucoup plus difficile parce qu’un député n’a que peu de pouvoir. Tous ceux qui travaillent et savent de quoi ils parlent doivent s’impliquer d’une façon ou d’une autre en politique. Ils doivent « challenger » le politique. Tant que les politiques se sentiront dans un monde qui leur appartient, un monde où ils s’auto-promeuvent et s’auto-protègent, peu de choses changeront. On meurt d’asphyxie et d’uniformité en France et on est loin de ce qu’il faut pour apporter de l’oxygène au pays. L’Etat et le politique sont la clé de ce changement. Sans l’intervention de la société civile, il ne se passera rien. A celle-ci de se prendre en main pour faire bouger les lignes ou pour les supprimer